Je viens de surmonter un épisode de fatigue et de déprime découlant d’un surmenage. Dans ces moments, les idées noires abondent.
Heureusement, j’ai levé le pied à temps. Je me suis imposé un congé de deux jours, puis une réduction de la charge de travail se traduisant principalement par une correction allégée. Et j’ai fini la session en relative bonne humeur, malgré la déception habituelle.
Dans le moment le plus sombre, couché sur le dos, je cherchais ce qui n’allait pas. La douleur était intense, une douleur psychologique on s’entend. Mais ce qui était encore plus difficile à supporter, c’était qu’elle ne semblait pas avoir de sens. (J’avais reçu trois contraventions dans le dernier mois pour des broutilles, je restais consterné que l’on puisse accorder du temps à punir ce genre d’actes.)
Était-ce l’absurde de Camus? En tout cas, c’était difficile à supporter. Mais j’avais écouté quelques jours précédents une balado France Culture avec Adèle Van Reeth. Avec son invité, elle avait exploré la phrase «Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort». (Du Gai Savoir si je me souviens bien.) Phrase célèbre s’il en est une.
Le passage qui m’a frappé parlait justement de la douleur (autour de 40 min). L’invité disait que Nietzsche est un penseur de la volonté de puissance. L’humain, comme tout ce qui vit, comme tout ce qui existe même, cherche à intensifier sa puissance. Dans cette optique, une douleur est signe de quelque chose qui s’oppose à l’expression d’une puissance. Ainsi, la douleur a un sens: elle indique l’obstacle qui doit être surmonté, ce qui équivaudra à une intensification de notre puissance d’agir.
L’invité insistait sur le changement d’interprétation de la douleur que propose Nietzsche par rapport au christianisme. Dans le christianisme, il y a une célébration de la douleur, la douleur est sanctifiée: elle devient sainte en étant recherchée pour elle-même. C’est le spectacle de la douleur qui sauve. Chez Nietzsche, la douleur est une occasion, le signal de la nécessité de surmonter un obstacle.
«La douleur a un sens.» Cette pensée m’a réconforté. Le sens précis que la douleur avait n’était pas la source du réconfort. C’était bien l’idée que la douleur n’était pas absurde. Ma douleur me parlait. Et je l’écoutais.
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